Dans la seconde Guerre Mondiale, des soldats africains furent encore une fois engagés par la France, la métropole dans le combat contre l’Allemagne nazie. Ce sont les « Tirailleurs Sénégalais », le nom générique, qui depuis 1857, sert à désigner les combattants issus des colonies française d’Afrique (d’AOF c'est-à-dire du Dahomey, du Togo, de Côte d’Ivoire, de Haute Volta, du Sénégal, du Soudan f
rançais, de Guinée Conakry, d’AEF c'est-à-dire du Tchad, d’Oubangui Chari, du Congo, du Gabon). Ces soldats mobilisés depuis 1938, s’illustrèrent sur différents théâtres de guerre, d’abord en mai-juin 1940 face aux blindés allemands avant la grande débâcle, ensuite dans les batailles du désert en Afrique au sein des Forces Françaises Libres du Général Leclerc, qui libérèrent totalement l’Afrique du Nord. Enfin, dans les victoires des alliés, ils contribuèrent de manière décisive à l’occupation de l’Italie, aux grands débarquements de Normandie du 6 juin 1944 et de Provence du 15 août de la même année. Certains, moins heureux, furent fusillés ou faits prisonniers dans les, « Frontstalags » jusque vers la fin du conflit. Selon la version officielle de l’histoire du massacre de Thiaroye 44 la plupart de ces soldats, surtout rescapés des camps nazis, furent embarqués à destination de l’AOF, à Dakar, sa capitale, non sans exiger deux fois de suite, à Morlaix comme à Casablanca, de recevoir leur pécule de guerre. En Novembre 1944, 1280 d’entre eux furent regroupés dans un camp de transit à une quinzaine de Kilomètres de Dakar. Refusant d’embarquer dans un train à destination de Bamako, ils se rebellèrent et prirent en otage le Général DAGNAN, qui sera libéré contre une promesse de paiement. De l’intervention énergique de l’armée française et la bataille sanglante qui s’en suivit, on dénombra 35 morts et des blessures graves, d’autres jugés et emprisonnés. Cette version contestée par les historiens et les anciens combattants demeure cependant maintenue et est de loin la plus populaire
C’est à ces combattants africains trahis et ensuite oubliés, auxquels un Comité de personnalités sénégalaises, de Thiaroye et d’ailleurs, souhaite rendre hommage à travers un Festival annuel. Cette 3e édition se justifie amplement par le fait que la vérité dans cet épisode douloureux de l’histoire coloniale n’est pas connue des sénégalais, des africains de la diaspora, et d’hommes et de femmes épris de paix et de justice. C’est même une histoire complètement ignorée des masses populaires. De surcroît, depuis la fin de ce conflit, en métropole et dans les capitales des anciennes colonies d’Afrique Française, on y commémore le souvenir de certains événements marquants : les signatures de l’armistice de Rethondes du 11 novembre 1918, celle du 8 mai 1945, mais également les débarquements de Normandie et de Provence où sont magnifiées à la fois le sang versé par des soldats de nationalités différentes (canadiens, Français, américains, anglais, russes, etc.) et surtout la communion des peuples ayant permis de mettre fin aux dérives du National-socialisme hitlérien. De plus en plus, des chercheurs-Historiens de l’Hexagone mènent de patientes recherches sur le quotidien et l’histoire des Tirailleurs pour permettre de reconstituer plus clairement la trame de ces événements. Des chercheurs comme Mme Armelle MABON et Julien FARGETTAS ont rappelé récemment au Président français, M. François HOLLANDE sa promesse faite lors de sa dernière visite au Sénégal, de donner toutes les archives relatives à ce tragique événement ; ils ont proposé la création d’un Comité d’Historiens franco-africains pour travailler sur ce sujet. En 1998, nos compatriotes Ousmane SEMBENE et Thierno Faty SOW, leur ont, à travers une réalisation magnifique, « Camp de Thiaroye » rendu un vibrant hommage avant le film de Rachid Bouchareb, « l’ami y a bon »