05/02/2024
Épisode 58 :
Revigoré par ces quelques jours de repos dans la capitale portugaise, je décide de reprendre mon itinérance en découvrant la côte atlantique au sud de Lisbonne. Au cœur de cet hiver, lorsque la plupart des cyclos voyageurs préfèrent les retraites chaleureuses, je chevauche Hildegarde avec beaucoup d’euphorie. Les embruns salés me chatouillent le visage, le vent marin caresse mes joues, et l'air frais de ce mois de janvier me remplit les poumons d'une énergie revigorante.
Afin d’éviter les grands axes routiers, je m’élance le long des petites routes et sentiers côtiers, je suis accueilli par le rugissement apaisant de l'océan Atlantique. Les vagues déferlent avec une puissance hypnotique, créant une symphonie naturelle qui accompagne chaque coup de pé**le. Les plages s'étendent à perte de vue, désertes et sauvages, offrant un spectacle majestueux où l’océan rencontre la terre.
Au fil des kilomètres parcourus, je découvre aussi des petits villages de pêcheurs qui parsèment la côte, leurs maisons blanches semblent se fondre avec le sable doré. Les barques colorées reposent sur le rivage, témoignant de la vie maritime qui anime ces lieux même en hiver. Les falaises escarpées, sculptées par le temps et les marées, me guident dans mon inexorable avancée vers l’Algarve. À chaque virage, mon regard s'ouvre sur des panoramas à couper le souffle. Les criques cachées, les grottes mystérieuses et les plages isolées créent une toile de fond pittoresque. Le littoral portugais me dévoile une facette tranquille et authentique en ce début d’année.
Ce matin, le soleil est toujours présent, les alizés de l'Atlantique caressent toujours mon visage, tout à coup une présence imprévisible se joint sur mon itinéraire. Un chien, au pelage hirsute et aux yeux pleins de curiosité, me suit en trottinant le long de la route, évitant habilement les voitures qui filent à côté de nous. Son museau joyeux et sa queue battante révèlent une loyauté spontanée. Sa fourrure légèrement humide témoigne de ses aventures antérieures, mais son regard expressif semble déterminé à m'accompagner sur les routes sinueuses portugaises. Avec précaution, je ralentis ma cadence et m’éloigne du chien, espérant qu'il comprenne que la route n’est pas un endroit sûr pour lui. J'essaye de lui signifier doucement de rester en arrière, tout en lui parlant calmement pour ne pas le stresser davantage. Cependant, le chien, insouciant et déterminé, continue à me suivre. Je décide alors d’utiliser ma canne de marche qui est solidement attachée à mon vélo. Je l'utilise comme un moyen de dissuasion douce mais efficace. À chaque tentative du chien qui s'approche trop près, je brandis ma canne pour le dissuader et le faire fuir. À ma grande satisfaction, le chien, déconcerté par mes gestes, fait demi-tour, en direction du dernier village traversé.
Sous le doux soleil du Portugal, les terrasses de cafétéria se transforment en véritables théâtres de la vie, où chaque verre pris entre hommes devient le prétexte à des rencontres vibrantes et pleines de chaleur humaine. Tous les matins, quand je traverse les villages, les petites ruelles pavées s'animent au rythme des conversations enflammées et des rires partagés. Les chaises colorées accueillent des discussions passionnées sur le football et aussi la crise économique du pays. Le son du café versé dans les tasses s'harmonise avec le brouhaha des jacasseries, créant une symphonie de vie quotidienne, émouvante et chaleureuse, qui me rappelle mon séjour en Turquie.
À l'approche d'un petit village, mes yeux sont attirés par le ciel alors que je distingue des silhouettes imposantes planant au-dessus. Étonnamment, ce ne sont pas les mouettes habituelles que l'on pourrait s'attendre à voir sur la côte Algarve, mais des cigognes majestueuses, gracieusement en vol. Intrigué par cette scène hors saison, je décide de m'approcher du village pour en savoir plus.
À ma grande surprise, la bourgade semble être un lieu de villégiature inattendu pour ces échassiers. Les cigognes ont élu domicile sur les toits des maisons rustiques, créant une scène presque surréaliste. Elles trouvent refuge dans la chaleur des cheminées et des toits pour échapper aux températures plus fraîches de l'hiver.
Les habitants du sud du Portugal, eux-mêmes familiers des traditions saisonnières, accueillent les cigognes hivernales avec un mélange de surprise et de gratitude. Ces visiteuses ailées apportent une promesse de renouveau, un doux rappel que la nature, même dans les saisons les plus improbables, continue de nous émerveiller.
Après avoir traversé une forêt de pin, la route plonge vers l’océan, le frisson de la descente, le vent sifflant à mes oreilles, je m'engage avec enthousiasme sur cette route serpentant à travers les collines. Hildegarde glisse en douceur, mais soudain, une rencontre fortuite avec un nid-de-poule brise l'harmonie de ma descente. Le choc secoue tout mon être, et je perds brièvement le contrôle de mon fidèle destrier.
Au moment critique, une de mes sacoches de vélo arrière, compagne de route fidèle, décide de prendre son propre chemin. Elle se détache avec une légèreté déconcertante et chute. Mon cœur bat la chamade, pris entre la préoccupation pour ma sacoche et la crainte d'une rencontre indésirable avec un éventuel véhicule qui me suit. La scène se déroule en une fraction de seconde, mais le temps semble s'étirer. Je réagis promptement, freinant de manière abrupte pour éviter la chute. Les pneus crissent, l'asphalte dévore le son, et une tension palpable suspend l'air.
Finalement, aucune voiture dans les parages. Un soupir de soulagement s'échappe de ma poitrine. Je m'approche précipitamment de ma sacoche, miraculeusement indemne, la ramassant avec un sentiment de délivrance pour la suite de mon périple.
Après près de deux mois à pé**ler à travers le Portugal, j’atteins la pittoresque ville de Vila Real de Santo António. Mes jambes sont fatiguées mais mon cœur est empli d'une satisfaction profonde, d'une nouvelle aventure dans mon trentième pays que j’ai vécue au rythme apaisant de mes pé**les. Cette petite cité m'accueille avec ses ruelles étroites, ses façades blanchies à la chaux et l'effervescence chaleureuse de ses habitants.
En arrivant au bord du fleuve qui sépare les deux pays ibériques, je découvre le moyen de traverser le Guadiana. Un bateau pittoresque qui navigue doucement sur les eaux calmes du fleuve. En montant à bord avec mon fidèle destrier, je ressens un mélange d'excitation et de nostalgie. Les souvenirs du Portugal défilent dans mon esprit, mais je sais que de nouvelles péripéties m'attendent en Andalousie. Le clapotis de l'eau, le doux grincement du bateau et le soleil éclatant créent une atmosphère presque irréelle. En regardant en arrière, je salue le Portugal avec gratitude, sachant que chaque kilomètre parcouru avait sculpté une histoire unique, une épopée personnelle inscrite dans les rues pavées, les collines verdoyantes et les visages souriants rencontrés en chemin…