10/01/2021
Pour les personnes qui ignorent ce que signifie Yennayer, en voici un aperçu extrait de mon livre "A la (re) découverte de la Kabylie profonde"
Yennayer est le premier jour de l’an du calendrier agraire qui correspond au 12 janvier de l’année grégorienne. Il est fêté par toute la communauté amaziɣe de l’Afrique du Nord jusqu’aux îles canaries dans l’Atlantique en commençant par l’Oasis de Siwa en Egypte, Ghadamès en Libye, les Aurès, les Oasis du M’zab dans le Sud algérien et les montagnes du Rif marocain. L’origine du calendrier amaziɣ est basée sur un fait historiquede la plus haute importance qui remonte à l’an 950 avant J.C. lorsque le roi berbère Sheshonq 1er (Shashnaq) remporta une grande victoire sur le pharaon égyptien Psousennès II et fut intronisé pharaon d’Egypte. À ce titre, il fonda la XXIIe dynastie qui régna sur l’Egypte jusqu’à l’an 715 avant J.C.
Dans beaucoup de régions, la célébration de yennayer débute la veille par « imensi n’yennayer » ou le dîner de yennayer. Ce mot yennayer est la prononciation berbère de janvier. Il est composé de deux mots : « yan » qui signifie premier ou amenzu et « ayyur » qui veut dire mois. Yennayer signifie donc premier mois. Tous les peuples amaziɣs accueillent ce mois avec joie et ferveur en organisant toutes sortes de festivités accompagnées de repas spéciaux.
En Kabylie, imensi préparé pour la circonstance est un repas copieux avec de la viande de poulet et de la viande séchée pour agrémenter la sauce cuite à base de pois cassés (abiṣar) ou de haricots (variété locale dite « llubyan nleqbayel » reconnaissable à sa tache noire au centre de la graine). Le sacrifice d’une volaille symbolise la chasse aux mauvais esprits et aux forces du mal dit-on. Pour marquer l’événement, les enfants se déguisent avec des masques et parcourent les ruelles des villages en chantant et en gesticulant. C’est en cette heureuse circonstance aussi que l’on fait la première coupe de cheveux pour les tout petits garçons. Pour un jeune enfant, sa première coupe de cheveux a lieu généralement à l’occasion du 1er yennayer (voir plus de détails dans le chapitre : Rites et traditions berbères de Kabylie, figurant au début du présent ouvrage).
Pour commencer la nouvelle année sous de bons auspices et souhaiter qu’elle soit prospère et que les récoltes soient abondantes, on procède aussi à des rites qui consistent à initier les jeunes enfants aux travaux agricoles ainsi qu’à la purification des habitations et des alentours.
D’après la légende et la croyance populaire, on croit savoir pourquoi yennayer (janvier) compte 31 jours et fuṛar (février) 28 ou 29 jours seulement. On dit que c’est une vieille femme qui avait déclenché la colère de yennayer en se moquant de lui lorsqu’à la date du 30 du même mois, elle avait cru que l’hiver était fini et qu’elle pouvait sortir pour faire paître sa chèvre. Elle s’est adressée alors en ces termes à yennayer : « Pauvre de toi yennayer ! tu es sorti et tu n’as rien fait ! À présent que l’hiver est fini et que le soleil brille, ma chèvre et moi, pouvons sortir ». Suite à ces propos, yennayer qui se sentit vexé, alla voir fuṛar et le pria de lui prêter une journée pour pouvoir punir la vieille femme. Fuṛar accepta volontiers si bien qu’en peu de temps, le ciel s’assombrit et un violent orage éclata. Des pluies torrentielles inondent la terre et la vieille femme ainsi que sa chèvre furent emportées par les torrents furieux. Pour cette raison, on appelle ce jour du 31 « amerḍil » (l’emprunt), célébré dans certaines contrées par un dîner à base de crêpes pour se protéger contre les forces du mal. Aseggas ameggaz 2971 et joyeuse fête à toutes et à tous !