29/10/2022
Jour 2 : vendredi 28 octobre 2022
Marrakech, quel souk !
Il est 6h du matin, l’appel à la prière chanté par l’imam me sort de mon sommeil. Je me sens vraiment dépaysé. L’envie de partir dans la médina, dans les souks, dans l’entre-les-murs de cette ville se fait de plus en plus forte car hier nous n’avions qu’effleuré le cœur vivant de Marrakech.
Il est 9h. Rachid, notre guide pour la matinée, est déjà prêt. Il va nous faire découvrir la médina labyrinthique de Marrakech. Rachid nous demanda si on avait déjà vu la place Jemaa-El-Fna pour modifier son itinéraire si on l’avait déjà fait. Il poursuivit ses questions pour savoir si on avait été embêtés par les autochtones hier en nous baladant. On lui répondit que non : c’est ainsi qu’il commenta que je ressemblais un peu à un Marocain, ce qui confirmait mon côté talisman pour ma partenaire de voyage et le peu de « oh la gazelle ou le viens dans mon restaurant ».
Rachid hèle un taxi prêt de la porte qui marque l’entrée/la sortie du quartier Kasbah (porte datant du 12ème siècle). Le conducteur nous amène à un point que je ne pourrais pas reconnaître. Ne cherchez pas à savoir où vous êtes car vous êtes déjà perdus ! Ne cherchez pas à revenir en arrière car c’est trop t**d ! Vous êtes désorientés au bout de 5 minutes dans les dédales de la médina. Rachid nous raconte que celle-ci se modernise depuis 7 ans avec notamment un ajout des toits en bois unissant les deux murs des habitations se faisant face plutôt que de la tôle ondulante ou des bâches d’une autre époque. Le travail semble titanesque ! Il nous parle aussi des modes de vie de certains artisans : les plombiers, les maçons, les électriciens attendent à un endroit et espèrent que des gens viennent les voir pour leur offrir du travail. Autrement dit, ils ne savent pas ce qu’ils vont faire de leur journée. Comme il se plaît à dire avec un air taquin mais étonnement réel, « chez vous, vous avez les agences sans intérims, ici il y a les intérims sans agences ». Rachid nous parle aussi facilement de la religion, des 5 piliers de l’Islam, des significations de doigts de la main de Fatma, des temps de prière, des ablutions avant la prière. Il nous fait serpenter dans la médina à travers les nombreux souks des plus pauvres au plus européanisés, des plus exigus au plus aérés, du vrai souk au faux souk (pour nous les européens).
Ces aléas d’errance que seul Rachid connaît vraiment nous fait rencontrer sur notre parcours une herboriste dans un premier temps : elle connaît bien son discours comme le présentateur du télé achat pour appâter le client. D’une seule respiration, elle nous présente le best-seller, son mode d’emploi et ses vertus : le savon noir pour le gommage à l’orientale… S’ensuit une farandole de produits à base de plantes plus magnifiques les unes que les autres (vi**ra naturel, contre la toux, les maux de gorges, contre les douleurs musculaires etc.) et aussi pour la cuisine (curry marocain, épices pour le couscous ou comme elle dit « pour ceux/celles qui ne sivent pas cuisiner lé bon couscous »)… les senteurs enivrantes nous saisissent à chaque changement d’ingrédients. Nous avons pris notre temps pour choisir nos achats (sans trop dépenser mais quand même un peu). Notre balade se poursuit à la rencontre des vrais fabricants de babouches cousues main et pas celles que vous avez dans le premier périmètre des commerçants près de la place Jemaa-El-Fna. Le fil qui permet de serrer la semelle au cuir de la babouche est en réalité un fil de ceinture de sécurité de voiture qu’ils effilochent. Après un essayage, c’est notre guide Rachid qui négociera le prix pour nous en descendant de l’équivalent de 20 euros nos 4 paires prises (une chacun et deux cadeaux) et en topant deux portes clés en babouche. Tout est fait pour que vous achetiez la paire de babouches qui vous va bien. Les vendeurs te montrent celles qui sont vendues aux abords de la place et les comparent à leur travail d’artisan. La pièce de cuir est découpée devant toi aussi ! Si à l’atelier, ils sont deux (un qui coud à la main et un autre qui découpe le cuir, ils ne te disent pas comment ils peuvent en produire autant sachant qu’ils sont capable d’en sortir deux paires par jour ; d’ailleurs, autre fait anecdotique, le vendeur nous montre que même dans son propre magasin ils font du cousu machine et la différence est assez criante avec le cousu main). C’est ici que les vendeurs voulaient garder ma gazelle dis donc mais je les ai bien avertis qu’elle était chiante ! On repartira dans les ruelles des souks sans jamais les reconnaître, on y apercevra un tailleur de bois, un boucher avec sa viande pendante au crochet à l’air libre (qui doit quand même être certifiée halal ; des paradoxes de mon point de vue de petit français car l’hygiène est presque désastreuse, je ne vous raconte pas les guêpes dans les pâtisseries à longueur de journée), et d’autres commerces en tout genre. Notre troisième rencontre se fera au souk des teinturiers où les artisans essayeront de nous vendre leurs étoles, leurs foulards mais j’en ai déjà du Vietnam. Leurs discours restent cependant rodés vous montrant les vertus de leurs fixateurs de couleur et valorisant leur travail. Cet artisanat perd progressivement du terrain comme nous l’explique Rachid (le Covid n’y ayant pas aidé). Ce souk est vraiment typique et un incontournable haut en couleurs. Nous continuons nos rencontres chez un artison de ferronnerie où j’achèterai un photophore travaillée pour y mettre une bougie. Nous avons vu des pièces qui ont nécessité 5 mois de travail vraiment abouties. Cette famille d’artisans est la 3ème génération. Une fois encore, le discours est rodé : ils ont un modèle du souk (d’ailleurs acheté en masse par « maison du monde ») et ils nous montrent la différence de rigidité du métal qui n’est pas de la même qualité mais aussi les gravures qui ne sont pas aussi finement travaillées. Au final, tout est rodé avec le guide officiel qui a son propre réseau certes mais c’est un réseau plus authentique que d’autres qui montrent le souk des tapis… Ça permet aussi une immersion dans cette médina qui clairement seul vous fera perdre le nord avec ses souks et ruelles labyrinthiques.
Normalement, la visite de l’école coranique - la medersa de Ali Ben Youssef - se fait en dehors de la découverte des souks mais Rachid avait envie de nous faire voir et nous expliquer. Bijou architectural datant du 14eme siècle et modernisé au 16eme siècle, cette école est richement décorée de zelliges éclatants et de stucks raffinés. C’est le seul bâtiment (anciennement religieux) accessible aux non musulmans. Le fonctionnement de cette école ressemble à celui d’un monastère : une partie avec des chambres austères où se logeaient les théologiens en devenir (132 logements pour 900 étudiants) et une partie avec chambres plus grandes pour leurs professeurs. Les étudiants brillants étaient à l’étage, les moins bons au rez-de-chaussée. La vue sur la cour intérieure est splendide avec son bassin rectangulaire au milieu et ses zelligues arborant le style hispano-mauresque. C’est une visite incontournable à faire avec un guide farceur qui plus est : perdu dans les couloirs à cause de mes photos incessantes captant le moindre angle ou voulant la photo parfaite (qui est en réalité celle où je n’aurais pas de téléphone sous la main), je cherchai le guide et la gazelle mais ils étaient planqués dans une chambre pour me faire peur… Nous terminerons notre périple de la médina par la place Jemaa-El-Fna que Rachid n’apprécie pas plus que ça mais comme c’est pour le folklore, allons-y ! Il y a les charmeurs de serpents qui font du pipot (paradoxalement le cobra tourne le dos à la flûte…), il y a les berbères, les porteurs d’eau… le concept est simple : tu paies un billet et tu fais toutes les photos que tu veux. Au moins les règles sont connues !
Il est presque 13h30 quand Rachid nous quitte. Ça a été super de le croiser sur notre passage dans la ville Rouge. J’ai encore plein d’éléments de connaissance à écrire comme celle des trois sphères au dessus des minarets symbolisant l’élévation de l’esprit (la terre, le ciel et l’au-delà) ou encore les noms des rois (le roi actuel porte le prénom du grand père avec un numéro supplémentaire) ou encore l’architecture de la ville (les habitations reculées au calme des souks, les murs épais, la couleur rouge…) mais il est temps de faire la sieste et de déambuler de nouveau près de la place Jemaa-El-Fna pour prendre de la hauteur avec un thé à la menthe… le début de soirée s’annonce et nous rentrons au riad pour profiter de sa sérénité et de son couscous. Le vendredi est le jour du couscous chez les Marocains… nous ne faillirons pas à cette tradition !