20/06/2026
Cultiver sans aucun pesticide tout en restant rentable, c'est possible. C'est ce que démontre une étude expérimentale menée pendant dix ans par l'Inrae sur neuf sites en France.
Le projet, baptisé "Rés0pest", a fait le choix d'une rupture radicale avec l'agriculture conventionnelle : zéro produit phytosanitaire, mais sans basculer pour autant en agriculture biologique, puisque les engrais minéraux ont été conservés. Jean-Noël Aubertot, le chercheur à l'origine du projet, précise que l'objectif n'est pas de proposer un modèle universel, mais de comprendre ce qui peut fonctionner en respectant mieux la nature, l'environnement et la santé.
Les résultats répondent à deux grandes questions. Est-ce techniquement faisable? Oui. Est-ce économiquement viable? Oui également, avec quelques nuances. Sans pesticides, les cultures sont plus exposées aux attaques de bioagresseurs, et les rendements varient davantage selon les années, les régions et les types de plantes. Le pois chiche a ainsi eu du mal à s'imposer en Occitanie, tandis que pommes de terre, betteraves et blé ont bien prospéré au nord de la Loire. Pour les céréales, les rendements restent systématiquement supérieurs à ceux de l'agriculture biologique, mais inférieurs à ceux obtenus avec pesticides. Les systèmes de grandes cultures évalués permettent de dégager entre un et trois Smic par exploitant, et au moins deux dans 80 % des cas.
Sur le site d'Estrées-Mons, dans la Somme, les résultats sont particulièrement encourageants. Sébastien Darras, responsable des essais, attendait mi-juin un rendement de 75 à 80 quintaux à l'hectare pour le blé, au-dessus de la moyenne nationale. Une performance d'autant plus remarquable que la plaine picarde, relativement humide, est favorable au développement de maladies comme la rouille jaune ou le mildiou. La variété de blé utilisée, nommée Géopolis et mise sur le marché en 2025 par la filiale semencière de l'Inrae, s'est montrée résistante à ces maladies courantes.
Pour remplacer les pesticides, plusieurs leviers ont été actionnés. Des bandes fleuries regroupant 22 espèces, dont coquelicots, phacélies et bleuets, ont été aménagées pour accueillir des auxiliaires de cultures qui s'attaquent naturellement aux insectes nuisibles. La principale difficulté a été la gestion des mauvaises herbes, traitée par l'allongement des rotations, le désherbage mécanique, un peu de labour si nécessaire, et des ajustements dans les calendriers de semis.
Jean-Noël Aubertot souligne enfin que pour mesurer la vraie performance économique de ces systèmes, il faudrait aussi intégrer des éléments rarement comptabilisés : l'amélioration de la santé des sols, le retour de la biodiversité, l'absence de coûts liés à la dépollution de l'eau et les économies réalisées en matière de santé publique.