05/12/2023
IMMIGRATION CLANDESTINE
L’EUROPE REFUSE-T-ELLE D’OUVRIR LES YEUX
Quand on a le sentiment d’avoir tout essayé, il faut changer de méthode !
Certains Européens et même des Africains ont désormais des crises d’urticaires quand on aborde la question des migrants clandestins. Fermer les yeux et faire comme si le phénomène avait disparu, ou espérer que le mal se soignera tout seul ! C’est un trait de caractère chez les humains. Surtout en notre siècle de 4G et bientôt 5G, tout ce qui dure devient éreintant ! Comme, malheureusement, il s’agit, ici, de pertes en vies humaines, il faut en parler.
Les chiffres macabres des décès, chaque jour, dans le désert ou la mer Méditerranée sont assez connus. Notre souhait est que l’Europe accepte d’analyser d’autres solutions de mitigation de la crise migratoire pour en apprécier la sagesse ou non.
Nous le soulignons ad infinitum et ad nauseam, les vraies raisons du départ massif des Africains du sud du Sahara vers les pays d’Europe sont essentiellement économiques. Et ces raisons proviennent de l’exclusion sociale et des disparités économiques excessives entre les couches les plus aisées et les plus pauvres.
Des cadres de l’administration ou des fils de riches commerçants peuvent se retrouver parmi les migrants clandestins. Mais, la grande majorité de ceux qui meurent dans le désert ou dans la Méditerranée est issue des couches les plus pauvres de la population. Les couches où la pénibilité du travail est excessive et les revenus insuffisants.
L’Europe a assez d’institutions spécialisées et de dirigeants clairvoyants pour définir une alternative claire. Le pire serait de laisser les populations européennes imposer, elles-mêmes, par dépit ou par colère, des choix qui se traduiraient par un basculement vers le replis identitaire et l’émergence de régimes clairement aux antipodes de leurs valeurs traditionnelles. Les Européens ont tout à y perdre !
Il y a quelques années, nous avions publié notre contribution sous le titre : La France et l’Afrique, vers un divorce à l’amiable ? Bien de Français qui en avaient discuté avec moi, en avaient perçu les messages d’alerte. D’autres, par contre, ont cru que nous écrivions des choses sans raisons. Malheureusement, quand la France a commencé à avoir des difficultés en République Centrafricaine, au Mali et ailleurs, ceux qui avaient pris mon texte au sérieux m’ont envoyé des texto aux contenus tristes et profonds. Malheureusement, un peu t**d !
L’Europe a des pays qui refusent d’apporter une aide réelle au monde paysan ou au secteur de l’artisanat en Afrique. Et ces pays ont les critiques les plus acerbes contre les migrants quand ils débarquent clandestinement en Europe.
L’Afrique a simplement besoin que l’Europe participe à l’amélioration des conditions de vie dans les villages et les hameaux des pays du sud du Sahara. En plus de l’apport des gouvernements des pays d’Afrique, l’Europe a tout à gagner à apporter des appuis qui ciblent les besoins réels des populations africaines. Il s’agit notamment d’améliorer les rendements de l’agriculture vivrière à travers des subventions facilitant l’accès aux fertilisants, de former les populations paysannes et les doter de machines agricoles pour réduire la pénibilité du travail jusque-là manuel. Il faudra, en outre, développer les techniques d’embouches bovines pour réduire les conflits entre agriculteurs et éleveurs. Car, contrairement à une certaine opinion, la plupart des graves conflits en Afrique de l’Ouest ayant pour conséquences la dégradation profonde de la sécurité nationale sont nés de la mauvaise gestion des questions de cohabitation entre éleveurs et agriculteurs.
Il est clair que la vraie lutte, celle qui peut avoir un impact durable sur la migration clandestine coûte beaucoup moins chère que celle que les pays Européens ont engagée. Frontex, Eurodac, VIS etc. ont montré leurs limites clairement face au phénomène de flux de migrants subsahariens !
L’Europe ne pourra pas réussir toute seule à convaincre les africains du sud du Sahara à éviter le voyage périlleux de la traversée clandestine du désert et de la Méditerranée. En revanche, il va lui falloir accepter d’écouter souvent des propositions venant des Africains comme celles qu’il y a dans ce texte.
La question migratoire s’impose de plus en plus comme une thématique centrale des campagnes électorales en Europe. Et, c’est connu, à ce jeu, nul ne peut tenir la concurrence avec les mouvements d’extrême droite !
Les gouvernements européens, par leurs hésitations à traiter en profondeur les raisons du flux important de migrants en Europe sont-ils convaincus de pouvoir résister à leurs oppositions populistes ? Ou au contraire se contentent-ils de se préparer à se voir balayer par des politiciens dont l’essentiel du programme de gouvernement repose sur la préférence nationale ?
Satigui Koné
Président de la Fédération des ONG de Développement de Côte d’Ivoire (FEDOCI)
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