10/17/2026
Depuis près de vingt ans, Taxi Saint-Jean assurait une partie du transport de personnes âgées et vulnérables vers les centres de jour de notre région.
Récemment, un nouvel appel d’offres a été lancé pour ce service.
Taxi Saint-Jean a soumissionné, mais une autre entreprise, dont l’offre était plus basse que la nôtre, a obtenu le contrat.
Jusque-là, c’est le fonctionnement normal d’un appel d’offres.
Mais ce qui s’est passé ensuite soulève, selon moi, plusieurs questions.
D’abord, il faut comprendre de quelle clientèle on parle.
Les centres de jour accueillent notamment des personnes âgées en perte d’autonomie, certaines vivant avec la maladie d’Alzheimer, des troubles cognitifs, de l’anxiété, de la désorientation ou des problèmes de mobilité.
Pour plusieurs, cette journée représente une sortie importante, parfois la principale de leur semaine. C’est aussi un moment de répit pour les proches aidants.
Le transport n’est donc pas un simple détail.
Dès la première journée de prise en charge par le nouveau fournisseur, plusieurs problèmes ont été constatés : retards, usagers oubliés, personnes ayant passé près de deux heures dans un taxi, d’autres arrivées au centre alors qu’il ne restait qu’une quinzaine de minutes avant la fin des activités, ainsi que des chauffeurs et des véhicules mal identifiés.
À la suite de cette première journée, on a demandé à Taxi Saint-Jean de reprendre le service pendant dix jours afin de laisser le temps à la nouvelle entreprise de s’organiser.
Nous avons accepté pour les usagers.
Mais c’est là que je me pose une première question :
Quand une entreprise soumissionne sur un contrat, ne devrait-elle pas être prête à l’exécuter si elle l’obtient?
On nous a expliqué que la nouvelle entreprise n’avait eu qu’environ une semaine pour se préparer.
Alors qu’est-ce qu’on évalue réellement avant d’accorder un contrat?
Le prix seulement?
Ou également la capacité réelle d’assurer le service dès la date prévue?
Il y a aussi une autre question que je me pose.
Taxi Saint-Jean est établi ici. Nos chauffeurs sont ici. Nos véhicules et notre infrastructure sont déjà sur le territoire.
Notre soumission a été préparée en fonction des tarifs de référence de Transport Québec, de nos coûts réels et des exigences du service.
Alors comment une entreprise qui n’est pas locale arrive-t-elle à présenter une offre plus basse?
Je ne prétends pas que c’est impossible.
Je me demande simplement :
Est-ce que le prix soumis permet réellement de respecter toutes les exigences du contrat?
Après les dix jours, la nouvelle entreprise a repris le service.
Certaines améliorations étaient visibles.
Mais des retards ont encore été constatés.
Nous avons également relevé les numéros de série de certains véhicules utilisés. Après vérification, certains étaient trop anciens selon les critères applicables à ce type de transport.
Ce qui m’amène à une autre série de questions :
Qui vérifie l’âge des véhicules?
Qui vérifie les inspections?
Qui vérifie leur conformité?
Qui vérifie l’identification des chauffeurs et des véhicules?
Qui documente les retards et les transports oubliés?
Et surtout, qui vérifie que les exigences inscrites dans l’appel d’offres sont réellement respectées une fois le contrat accordé?
Parce qu’une règle écrite sur papier n’a pas beaucoup de valeur si personne ne vérifie son application sur le terrain.
Et finalement, il reste une question importante.
Si le fournisseur retenu n’était pas en mesure d’assurer correctement le service dès son entrée en fonction, au point où l’ancien fournisseur a dû revenir pendant dix jours pour lui permettre de s’organiser, est-ce que le contrat n’aurait pas dû être réévalué?
Et dans cette situation, est-ce que le deuxième soumissionnaire qualifié n’aurait pas dû, au minimum, être considéré?
Je ne dis pas qu’on devait automatiquement redonner le contrat à Taxi Saint-Jean.
Je pose des questions.
Parce qu’au bout du compte, le véritable enjeu n’est pas de savoir quelle compagnie a gagné ou perdu.
C’est de savoir si les personnes âgées et vulnérables qui dépendent de ce transport reçoivent réellement le service sécuritaire, fiable et professionnel qui avait été demandé.
Et surtout :
est-ce qu’on vérifie avec autant de rigueur ce qui se passe après l’attribution d’un contrat que ce qu’on vérifie avant de l’accorder?