07/03/2024
Dernier jour de notre merveilleux périple, consacré à des temps moins lointains et plus contemporains. Cela tient à cœur de voir comment la sagesse de l’ancienne Egypte s’est projetée jusqu’à nous. En 1905, à quelques kilomètres du Caire surgit des sables comme par enchantement Héliopolis, la nouvelle ville du soleil, concrétisation des aspirations du baron Empain qui a pensé une architecture multiculturelle où se mélangent l’art islamique, l’art déco et l’art nouveau.
Cette collaboration tant souhaitée dans la sagesse antique est le fil conducteur de ce projet réunissant deux amoureux de l’Egypte, l’industriel belge Edouart Empain et l’égyptien d’origine arménienne Boghos Nubar. Un rêve de tolérance, partagé par ces deux hommes, imaginant différentes religions, nationalités et classes sociales se côtoyer.
Pensant se retrouver sur le site de l’Antique Héliopolis, la ville du soleil, c’est le nom que choisissent pour leur projet les deux collaborateurs. Mais aucun vestige archéologique n’est retrouvé à l’issue des fouilles commanditées par le baron Empain, l’antique cité étant située beaucoup plus près du Nil.
A cette époque, l’Egypte est une province ottomane, tout en étant occupée militairement par les Anglais. Le monde oriental côtoie celui de l’occident suscitant une émulation extraordinaire.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser par l’origine belge du projet, Héliopolis ne devient pas une enclave européenne au Caire. Sa population est d’emblée égyptienne mais aussi syrienne, libanaise, arménienne. Les églises côtoyaient les mosquées, de même que la synagogue et les églises grecques. C’est un orient de cohabitation et de respect qui a existé pendant des dizaines d’années dont il ne reste malheureusement plus grand-chose. Les grandes oppositions internationales qui ont fait des pays arabes, leur terrain de guerre, ont ruiné et détruit ces superbes vestiges d’une mixité réussie et d’un art de vivre.
Aujourd’hui, que reste-t-il d’Héliopolis ? Contrairement à de nombreuses villes irakiennes, syriennes ou libanaises complètement détruites, Heliopolis est toujours là. Il est dit que 70 % des bâtiments sont d’origine, mais d’une maison, on a fait un immeuble, on a ajouté des étages à de nombreuses villas, les jardins ont disparu pour gagner des espaces de vie répondant de manière anarchique aux besoins de croissance énorme de la population cairotte. N’empêche, on peut toujours imaginer comment était la ville d’origine même si elle est maintenant complètement englobée dans la mégalopole.
Des initiatives sont prises pour sauver les plus beaux vestiges. Ainsi la fameuse villa Empain inspirée par les temples d’Angkor Vat, abandonnée pendant plusieurs décennies et laissée dans un état de grande dégradation, vient d’être restaurée.
Il reste aussi une ambiance quand on se promène dans les rues d’Héliopolis : un éclectisme, de nombreuses terrasses ou l’on déguste des pâtisseries orientales tout en sirotant un café à la cardamone, une nonchalance des promeneurs qui déambulent sous les arcades, de nombreuses rencontres d’artistes en tout genre qui aspirent à retrouver cette qualité de vie d’un monde raffiné et élégant.