19/09/2026
Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Si je prends la parole, en tant que petite entrepreneuse du fin fond du Médoc, en Gironde, c’est que je suis lassée de voir que le système tourne en boucle.
Je suis lassée de voir que vous n’écoutez pas les gens de terrain; quitte à ce que les décisions prises loin des réalités, coulent des structures entières, ruinent des personnes qui se sont engagées dans une voie par vocation.
Durant 6 ans, j’ai sacrifié ma vie de famille et professionnelle pour permettre aux personnes en situation de handicap de se rendre en soins, car jusqu’à présent certains n’avaient pas de solutions de transport adapté, renonçaient à leurs soins, toujours faute de transport disponible.
Durant 6 ans, nous avons alerté à tous les niveaux sur la situation des entreprises tpmr et le non respect des droits des personnes en situation de handicap : maires, conseillers départementaux, régionaux, sénateurs, députés, ministres, premier ministre (anciens et nouveaux) et vous même.
Durant 6 ans, nous avons eu droit à une partie de ping pong où tout le monde se renvoyait la b***e, où tout le monde avait parfaitement appris des réponses toutes faites, sans penser (ou ignorer) aux conséquences.
Un décret devait reconnaître au bout de plus de vingt ans les entreprises tpmr, devait leur permettre de maintenir des services de transports adaptés vers les soins pour les personnes vulnérables du Pays.
Résultat des arbitrages politiques : demande de passer sur une autre activité pour maintenir une partie de nos transports (qui est impossible financièrement), limitation aux seules personnes en situation de handicap physique via nos structures, une mise en application en janvier 2028 et des tarifs sous payés, indécents en dessous de 1 euro le km alors que le prix de l’essence flambe à grands pas.
La voie de la raison dirait d’en rester là, mais notre vocation pour ce métier, nous dit de ne pas abandonner des personnes vulnérables que nous transportons depuis des années, car nous sommes parfois leur seul lien, les seules personnes à qui ils peuvent se confier, les seules à leur tendre la main pour remonter la pente face aux maladies, au handicap.
Sans compter sur les aidants, les soignants, qui sans, nous, ne pourraient pas accomplir les soins pour les malades qui en ont besoin.
Alors OUI, ma structure, d’autres confrères et consœurs sont dans la m***e financière, licencient leurs personnels car nous sommes payés au lance pierre,
OUI, certains mois sont difficiles à boucler car le système entretien cette situation et OUI comme beaucoup de petits indépendants, je suis dans une sacrée m***e personnelle, car endettée,
OUI, personne ne nous a écouté à temps, malgré nos alertes,
OUI, nous avons du mal à tenir,
Mais cela, c’est parce que personne de haut placé, ne se met à notre niveau de vie, personne ne vient voir ce que nous faisons réellement et quelles sont nos difficultés.
Mais une chose est certaine : ce sont les gens de terrain qui détiennent les solutions, et tant qu’il y aura suffisamment de citoyens qui continueront à croire que les choses peuvent changer, nous continuerons à nous battre pour que certaines causes soient défendues jusqu’a ce que cela revienne à la normale.
Permettre aux personnes en situation de handicap d’accéder à leurs droits fondamentaux , comme leur accès aux soins dignement, est un devoir de la Société envers les plus vulnérables.
Leur barrer l’accès à ces droits, pour faire plaisir à certains lobbys est tout simplement une honte.
Mais tant qu’il y aura encore des personnes qui penseront à l’intérêt général, comme nous, comme d’autres, la Société ne sera pas totalement perdue.
Écouter les gens de terrain et les considérer serait déjà un grand pas.
Et nous nous battrons jusqu’au bout, même si nous sommes peu, pour faire reconnaître ses voix qui n’ont jamais été entendues.
Les Mas
Emmanuel Macron Stéphanie RIST Sébastien Lecornu